« Ma naissance est liée à la mort, et cela a influencé toute mon existence […]. Car je suis mort alors que j’étais âgé de quelques mois. Vraiment mort, puisque le médecin est convenu constater le décès. Après le rituel d’usage, on m’a mis dans un petit cercueil, que ma mère a pris sur ses genoux pendant le trajet en carriole vers le cimetière. Tout à coup, elle a senti qu’à l’intérieur mon corps bougeait. Elle a d’abord pensé que c’était les cahots qui me secouaient. Mais comme le mouvement se répétait plus fort, elle a fait ouvrir le cercueil. J’étais vivant.
Bien sûr, par la suite, on m’a souvent raconté cette histoire. J’ai d’ailleurs toujours pensé que je suis revenu à la vie pour une raison particulière …, même si je ne saurais pas dire précisément laquelle.
En tout cas, je me suis senti différent des autres dès l’enfance. Et puis après une telle entrée en matière, n’étais-je pas promis à un destin exceptionnel ? (Il rit.)
Extrait de l’interview de David Malkin menée en mai 1979 par Lise Bloch-Morange et David Alper – Artiste et métèque à Paris. Edition Buchet/Chastel – 1980, Paris; page 222.